Les inégalités socioéconomiques freinent encore l’accès aux soins prénatals en Inde
En Inde, l’accès aux soins prénatals a progressé ces dernières décennies, mais des écarts persistants empêchent encore de nombreuses femmes de bénéficier d’un suivi complet. Entre 1998 et 2021, la proportion de femmes effectuant au moins huit consultations prénatales a augmenté, notamment dans les États les plus défavorisés. Pourtant, les disparités entre zones rurales et urbaines, entre castes et entre groupes sociaux restent marquées, même si certaines se sont réduites.
Les femmes vivant en ville, plus éduquées et issues de milieux aisés ont toujours plus de chances de recevoir un suivi adéquat. L’éducation joue un rôle clé : les femmes ayant suivi des études secondaires ou supérieures recourent davantage aux soins prénatals. L’autonomie des femmes, leur accès à l’information via les médias et leur niveau de richesse influencent aussi fortement cette utilisation. À l’inverse, les femmes pauvres, peu éduquées ou vivant dans des régions reculées, comme le Bihar ou l’Assam, restent en retrait. Les communautés marginalisées, telles que les castes et tribus répertoriées, voient cependant leur situation s’améliorer, même si des obstacles subsistent, notamment en raison de leur isolement géographique et de leur accès limité aux infrastructures de santé.
Les différences entre zones rurales et urbaines se sont atténuées, mais les femmes des campagnes continuent de rencontrer des difficultés. Les barrières géographiques, le manque de transports et la pénurie de professionnels qualifiés limitent leur accès aux soins. Les programmes nationaux, comme la Mission nationale de santé rurale ou les incitations financières pour les femmes enceintes, ont contribué à améliorer la situation, mais les inégalités structurelles persistent.
L’analyse des données révèle que la richesse et l’éducation sont les principaux facteurs expliquant les écarts. Les femmes les plus riches ont jusqu’à trois fois plus de chances de bénéficier de huit consultations prénatales que les plus pauvres. De même, celles dont le partenaire est éduqué ou qui disposent d’un téléphone portable accèdent plus facilement aux soins. Les complications de grossesse poussent aussi les femmes à consulter davantage, soulignant l’importance de la perception du besoin.
Malgré les progrès, moins d’une femme sur cinq en Inde atteint le nombre recommandé de consultations. Les États comme le Kerala et le Tamil Nadu, dotés de systèmes de santé plus solides, affichent des taux bien supérieurs à la moyenne nationale, tandis que d’autres, comme l’Uttar Pradesh ou le Rajasthan, peinent à suivre. Ces disparités régionales reflètent des inégalités plus larges en matière d’infrastructures, de sensibilisation et de ressources économiques.
Les politiques publiques ont permis des avancées, mais pour atteindre une couverture universelle, il faudra renforcer l’éducation des femmes, améliorer les infrastructures de santé dans les zones rurales et réduire les barrières financières. Sans ces mesures, les inégalités risquent de perdurer, privant une partie de la population des soins essentiels pour une grossesse sans risque.
Références du site
Référence scientifique
DOI : https://doi.org/10.1186/s12982-026-02164-x
Titre : Socioeconomic heterogeneity and antenatal care utilisation in India
Revue : Discover Public Health
Éditeur : Springer Science and Business Media LLC
Auteurs : Arvind Kumar Yadav; Susanta Nag; Amit Kumar Sahoo; Kirtti Ranjan Paltasingh